Les transitions pour quoi faire ?

Les transitions pour quoi faire ?

La métropolisation nourrit des attentes liées à ce que peuvent les métropoles, afin d'assurer un bien-vivre ensemble, en tenant compte de la diversité des configurations sociales mais aussi spatiales, ce qui nécessite des connexions particulières avec les territoires périmétropolitains et ruraux. Au-delà d'une mission de complémentarité entre ces espaces, et de réciprocité dans leurs échanges, ces interrelations, et leur mode d'animation et de gouvernance, conditionnent le fait métropolitain lui-même, alors que l'action publique paraît dans la tourmente.

Car l'incertitude est devenue la norme, au gré de la multiplication et du caractère systémique des crises, qu'elles soient environnementale, sanitaire, économique, démocratique ou liée aux droits fondamentaux, qui ont exacerbé les tensions territoriales et rebattu les cartes à toutes les échelles. Ces reconfigurations semblent constituer une nouvelle donne capable de créer des opportunités comme le rappelle l'étymologie grecque krisis pour « faire un choix, décider ». Aussi, plus que jamais, nos systèmes urbains s'inscrivent dans des trajectoires de transitions, parce que le monde qui se fabrique dans les métropoles n'est sans doute pas toujours celui que nous imaginions ou que nous souhaitons : parce que nous n'avons pas assez pensé « la métropole et les autres » y compris le rôle des territoires comme creusets de transitions ; et parce que nous ne sommes pas encore très assurés sur le point d'arrivée du changement, sur le nouveau modèle à ériger. Ces transitions ne sont pas l'apanage des métropoles ; les collectivités territoriales recèlent de ressources, de capacités d'adaptation et de leviers d'action différents de ceux des Métropoles, mais qui proposent autant de potentiels de résilience, pourvu qu'ils reposent sur des coopérations renouvelées entre acteurs.

Aux grilles de lecture classiques, global/local, territoire/réseau, coopération/compétition, l'approche par les transitions impose un nouveau récit territorial, qui prend place à une échelle élargie, à même d'interroger les interdépendances entre métropoles, petites villes et campagnes, tout en assumant leurs spécificités. Au gré des systèmes relationnels, chaque acteur (citoyens, acteurs publics, socio-économiques) dessine sa transition, les imbrique avec les attentes d'autres, aux intérêts parfois contradictoires. Ces différentes interdépendances qui organisent les systèmes territoriaux et les jeux d'acteurs à plusieurs échelles, sont évolutives et malléables, constituant alors une ressource pour agir et spécifier des processus de dialogues entre métropoles et territoires. La recherche-action assume cette diversité de points de vue et de confrontations mais les arènes de mise en débat entre pratique du terrain, objectivation et engagement sont encore discrètes ; c'est ici la mission cardinale de la plateforme POPSU, qui propose une double démarche de déconstruction analytique et de reconstruction narrative.

Alors que les figures de l'altérité en ville sont de plus en plus diverses, elles suscitent, via leur caractère relatif, des réactions entre hospitalité et rejet, par peur ou volonté d'attirer d'autres classes plus « créatives », à même d'assurer aux métropoles leur rôle de tête de pont.
Comment repenser l'accueil dans les systèmes métropolitains et dans les territoires, selon leurs singularités propres?

            Pour répondre aux besoins des habitants, les villes ont besoin de ressources (en eau énergie, alimentation, foncier...), sous tension et sujettes à conflits, qui les insèrent dans des systèmes de dépendances territoriales.
Comment qualifier et réguler ces interrelations, dans un contexte de changement environnemental, en sortant des relations de type servant/servi ?

            A rebours d'une vision des métropoles « gagnantes » de la mondialisation, s'impose la figure d'une métropolisation « par le bas » structurée de manière silencieuse par des acteurs  socioéconomiques et les élus périmétropolitains qui participent de la recomposition de la gouvernance à l'échelle des bassins de vie.
Comment s'organise, se négocie ce renouveau démocratique dans les métropoles, parfois en rupture avec les institutions métropolitaines ?

            Les activités économiques et productives dessinent une géographie qui ne correspond pas exactement à la répartition des régions métropolitaines, dessinant des territoires de l'entre-deux. Peut-on parler d'une échelle intermédiaire de la métropolisation qui animerait des interdépendances de proximité pour des modèles économiques plus résilients ?

Telles sont les quatre questions posées lors de ce colloque qui associera décideurs locaux, législateurs, acteurs de la ville et chercheurs, pour approfondir la réflexion sur les grands enjeux des métropoles comme des petites villes, dans des régimes de transitions à définir.